La France ne bouleversera pas son calendrier des collections

Publié le 29/02/2016 par Mathilda Panigada
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C’est la question qui agite le monde de la mode ces derniers jours : dans une époque irrémédiablement régie par l’instantanéité, le calendrier actuel des collections est-il encore pertinent ? Alors même que l’ensemble du public peut aujourd’hui découvrir en temps réel, grâce à Instagram, Snapchat et autres Periscope, les looks qui composent une collection, est-il encore bien cohérent de distribuer ces derniers plus d’un semestre après leur présentation ? Une question à laquelle Burberry, Tom Ford, Michael Kors et Tommy Hilfiger ont déjà leur réponse, puisque les griffes anglo-saxonnes ont annoncé ces derniers jours leur volonté de rendre les pièces de leurs défilés immédiatement accessibles après leur présentation. La question, qui semble plus que jamais d’actualité, suscitait déjà en décembre dernier l’intérêt du CFDA (Council of Fashion Designers of America) qui lançait alors une étude afin de questionner la viabilité d’un système see now / buy now.

Du côté de la France résonne un autre son de cloche. Dans une interview accordée au Figaro et relayée par Madame Figaro, Ralph Toledano, président de la Fédération française de la couture et du prêt-à-porter, défend la part de rêve, de désir, liée au fonctionnement actuel. « Nous avons lancé une enquête auprès des adhérents de la fédération qui possèdent des centaines, voire des milliers de boutiques à travers le monde. Nous leur avons demandé si dans leurs magasins, des personnes s’étaient plaintes de ne pas trouver un produit vu sur Internet ou dans la presse. La réponse ?? Pas un ?! Pourquoi ?? Parce que nos clients sont des gens avisés qui savent parfaitement comment le système fonctionne. Nos créations sont des produits du rêve, du désir, de l’attente », explique Ralph Toledano. Une position partagée par François-Henri Pinault, qui déclarait récemment à la presse que l’attente entre le défilé et la disponibilité en boutique permettait de « créer le désir dans l’univers du luxe ».

Le danger serait donc de réduire la mode à une approche purement commerciale, antagoniste à la notion de créativité et à la liberté des créateurs, « inverser le cycle, commencer par une présentation commerciale tuerait la créativité car cela reviendrait à demander au designer de créer ce que les vendeurs et les consommateurs attendent » souligne t-il. C’est d’ailleurs dans la volonté de préserver cette même créativité que Ralph Toledano indique défendre l’idée d’une fashion week réservée aux professionnels du secteur : « Nous voulons que les experts, vous, journalistes, acheteurs, puissiez apprécier de très près le tombé d’un vêtement, la qualité d’une matière, un drapé, un effet de maille, une broderie, une incrustation... Croyez-vous qu’on va pouvoir observer ces détails dans un stade de 5 ?000 personnes pendant que telle rock star est en train de chanter ?? Ce n’est pas la même chose ?!  ».

Selon le WWD enfin, la position de Ralph Toledano et de François-Henri Pinault serait partagée par de nombreuses maisons sur le territoire français, de Nina Ricci à Hermès en passant par Sonia Rykiel, Balenciaga, Chanel ou Saint Laurent. Il faudra donc attendre encore un peu avant de pouvoir filer faire son shopping avenue Montaigne au sortir d’un défilé.

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