SIHH 2016, un souffle nouveau dans une période incertaine

Publié le 27/01/2016 par Benjamin Teisseire
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Le 26e Salon international de la Haute Horlogerie vient de fermer ses portes. Cet événement annuel est l’un des plus prestigieux de l’industrie horlogère. Il n’est pas ouvert au public, seuls les professionnels, journalistes (plus de 1 200), acheteurs et clients privilégiés, s’y retrouvent pour découvrir les nouveautés, voir les nouvelles tendances de l’année et prendre la température du marché. Dans le contexte difficile actuel, il est intéressant de voir vers quoi les grandes marques s’orientent… et de rêver sur la créativité des « petits » indépendants, invités pour la première fois à se joindre à la grand-messe de la Haute Horlogerie dans leur Carré des Horlogers, qui fut indéniablement LE buzz du salon.
Tour d’horizon

Croissance chinoise en berne, prix du pétrole en chute libre tarissant la manne des marchés russe et du Moyen-Orient, franc suisse fort, rognant les marges et contexte sécuritaire de fin d’année réorientant les flux touristiques, le cadre était pour le moins incertain, voire tendu. La réponse (certainement prévue depuis 2014 au vu du contexte) de la plupart des grandes marques, a donc été de se concentrer sur les valeurs refuges, rassurantes de leurs modèles phares, iconiques.

Les icônes rassurent
Nous avons ainsi pu admirer la nouvelle Overseas chez Vacheron Constantin, parée de la couleur bleu de rigueur ces deux dernières années ; les nouvelles Radomir de Panerai (ci-contre) dans des boîtiers plus discrets (42 mm au lieu des 47 habituels) ; les nouvelles Pilot d’IWC, elles aussi dans des modèles inhabituellement discrets de 36 mm ; les nouvelles séries de la Reverso qui fête ses 85 ans cette année chez Jaeger-LeCoultre ; la nouvelle Royal Oak d’Audemars Piguet qui, elle, tranche radicalement avec la sobriété ambiante par son boîtier et bracelet en or jaune et son cadran bleu. Faut-il y voir un reflet des résultats hors normes de la marque en 2015 (croissance à 2 chiffres dans un marché en recul !) ? Mais non, bien sûr.
Les horlogers-joailliers Cartier, Van Cleef & Arpels et Piaget ont eux aussi accentué leur côté joaillerie avec une déclinaison de leurs savoir-faire enchanteurs et poétiques, mettant une touche de glamour et de paillettes (pour ne pas dire « diamants »), pour faire rêver et briller les yeux au milieu du brouillard qui nimbe l’avenir.


Overseas Vacheron Constantin et Reverso Classic Jaeger-LeCoultre.

La femme à l’honneur
L’autre tendance majeure est l’accent mis sur la femme, plus que jamais relais de croissance pour la Haute Horlogerie mécanique. Roger Dubuis y a consacré tout son stand et l’a mise à l’honneur en représentant un défilé Haute Couture avec des mannequins parées de robes de soirée de grands couturiers et des nouveaux modèles féminins (eux aussi dans des tailles plus petites) ; Richard Mille a présenté sa nouvelle collection femme qui fait la part belle aux métiers artistiques de l’horlogerie et aux diamants, bien entendu ; IWC et Jaeger-LeCoultre s’associent à des chausseurs de renom, respectivement Santoni et Louboutin, pour présenter leurs nouvelles déclinaisons pour la femme.

Le retour de la sobriété se poursuit
Enfin, la dernière tendance à noter est un retour à une certaine sobriété des complications. Moins de tourbillons, plus de chronographes. Signe d’une volonté des marques d’offrir des garde-temps plus abordables en ces temps incertains. Exception faite de Lange & Söhne avec son Datograph Perpetual Tourbillon (ci-contre) qui associe tourbillon, quantième perpétuel et chronographe dans un boîtier en platine (limité à 100 exemplaires à 295 000 €), l’accent fut mis sur le rapport qualité-prix dont Mont-Blanc et Baume et Mercier se font les champions avec des nouveautés en acier à moins de 4 000 euros, le Mont-Blanc 4810 Chronograph et le Capeland Shelby Cobra.

Un souffle nouveau
Mais le vrai buzz du SIHH 2016 fut sans conteste la présence de 9 « indépendants » dans le nouveau Carré des Horlogers. Ces représentants de ce qui se fait de mieux en termes de créativité, d’innovation et de respect des grandes traditions horlogères furent au centre de toutes les discussions. Parmigiani Fleurier, jeune marque (20 ans seulement) reste le représentant de ces indépendants, dans le pur respect des codes de la Haute Horlogerie : son chronographe Tonda Chronor Anniversaire, limité à 25 exemplaires avec son mouvement en or en est l’expression parfaite. Greubel Forsey, récompensé encore en 2015 au GPHG pour son Tourbillon 24 Seconds, en était le fer de lance et a été intégré au groupe Richemont. Richard Mille a montré qu’un indépendant pouvait aussi devenir une véritable marque. Mais les 9 marques présentes la semaine dernière au salon, ont montré toute la force du vivier que représente cette nouvelle génération. Que ce soit le design architectural innovant d’URWERK (Urwerk T-Rex, ci-dessous), MB&F, De Bethune, Hautlence ou HYT, le classicisme épuré de Laurent Ferrier, les prouesses décoratives et techniques de Kari Voutilainen ou Christophe Claret ; l’originalité, la simplicité apparente et la maestria marketing de H.Moser & Cie (Endeavour Perpetual Calendar Concept cadran fumé (ci-contre). Tous démontrent comment la synthèse de la plus grande tradition horlogère et de la créativité qui brise les codes, est possible. L’engouement qu’ils ont créé, montre aussi qu’elle est nécessaire pour apporter un brin de fraîcheur, d’originalité, de nouveauté, qui bénéficiera à toute l’industrie. Ce formidable coup de projecteur, cette mise en lumière au niveau mondial, est une aubaine pour eux, mais pas uniquement. Les grandes marques et le salon l’ont bien compris, c’est dans l’intérêt de tous.


Urwerk T-Rex et Tonda Chronor Anniversaire Parmigiani Fleurier.

Genève, le 26 janvier 2016, Benjamin Teisseire

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