L’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants

Publié le 4/05/2016 par Benjamin Teisseire
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L’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants a été créée en 1985. Il s’agit d’une institution, dont la vocation est de défendre, protéger et promouvoir les savoir-faire ancestraux de l’horlogerie au sens large. Elle est aussi et surtout un vivier de créativité, où de grands talents trouvent un espace d’expression.

Rencontre avec Vincent Calabrese Fondateur de la première heure avec Svend Andersen. Horloger philosophe autodidacte, il a accepté de partager sa vision du métier et du marché de l’horlogerie. Il revient sur la vocation et les ambitions de l’AHCI.


Vincent Calabrese, Fondateur de NHC.

Que représente l’Académie pour vous ?

L’Académie est ma plus belle création car elle est née d’un état d’esprit et de la passion, comme toutes mes montres. Quand j’ai créé ma première montre en 1977 (la Spatiale) j’ai réussi à la vendre facilement, mais ensuite je me suis rendu compte que c’était difficile, que les gens cherchaient des marques, pas des artisans. A l’époque, les marques interdisaient aux artisans de communiquer sur leur client - Corum a acheté le Golden Bridge à Vincent Calabrese en 1980 et a augmenté ses royalties deux ans plus tard, pour ne plus avoir à citer son nom lors des présentations, ndlr - ce que je trouvais profondément injuste. Mais la rage est un bon moteur. D’autres horlogers étaient dans la difficulté à l’ époque. J’ai donc contacté ceux avec une certaine renommée, tels Georges Daniels et Dominique Loiseau, pour leur soumettre mon projet de créer un regroupement des artisans horlogers. Ce fut le début de l’Académie. Je l’ai voulue ouverte, internationale, et Svend Andersen a été primordial avec sa connaissance multilangues.

Fort de notre succès de lancement au musée du Locle en 1985, j’ai réussi à faire inviter gratuitement l’AHCI à la Foire de Bâle de 1987 à 1989, après nous avons dû payer.

Comment expliquez-vous ce succès ?

Il est en lien avec le succès grandissant de l’horlogerie durant cette période, mais je pense que l’Académie en est en fait le principal moteur. En réaction avec l’apparition du quartz à la fin des 70’, beaucoup d’associations de collectionneurs sont apparues à cette époque pour perpétuer l’horlogerie mécanique. L’industrie suisse a vidé ses greniers pour les satisfaire, mais il n’y avait quasiment plus de fabrication de mouvements mécaniques, il n’y avait même plus de formation. L’AHCI est arrivée dans ce contexte en proposant des garde-temps mécaniques et personnalisés : ma Golden Bridge était née de cette volonté et l’Académie regroupait des artisans affichant le même esprit. Arrivant sur le marché avec cette offre, les collectionneurs furent emballés, les média aussi, seuls les fabricants ne s’y retrouvaient pas. Les marques nous ont donc passé des mandats et ont été bien obligées de recommencer à créer leurs propres ateliers de construction. On pourrait dire en ce sens que c’est l’Académie qui a sauvé l’horlogerie mécanique traditionnelle.


Modèle Stones de Vincent Calabrese.

Ensuite, nous avons eu la chance d’intégrer de grands horlogers. Notamment, Franck Muller, qui a exposé dès 1987 avec nous et a rencontré le succès immédiat. Puis Christophe Claret, François-Paul Journe, Felix Baumgartner de Urwerk, Georges Greubel, Stephen Forsey, Kari Voutilainen, tous ces grands noms participent au rayonnement de l’Académie. Notre force a été de réussir à regrouper tous ces talents pour la sauvegarde au début, puis le développement de l’horlogerie.

Mais je trouve ce terme "d’indépendants" aujourd’hui galvaudé. Pour moi, à l’époque, il s’agissait de la survie de créateurs authentiques, de reconnaissance d’un savoir-faire artisanal par rapport au développement de l’horlogerie industrielle. C’était la libération de l’expression de l’artisan qui avait été muselée pendant des siècles. Quand j’entends que Rolex est un indépendant, je bouillonne.

Où en est l’Académie aujourd’hui ?

La barre continue de monter ; l’industrialisation s’est améliorée ; l’informatique s’est développée. Les besoins changent. L’Académie sert plus de tremplin pour les jeunes indépendants que pour « sauver » l’horlogerie. Mais son but reste quand même d’aider les vrais indépendants à rester authentiques.

J’aimerais que toutes les marques soient transparentes à propos de leur production, qu’elles disent que c’est tel ou tel artisan qui fabrique ses mouvements, ses boîtiers, ses cadrans, ses aiguilles, ses finitions. Je suis pour « rendre à César, ce qui est à César »… Je suis un humaniste utopiste.

Mon rêve pour l’Académie serait de trouver un endroit, comme dans la Grèce antique, qui regroupe les productions de ces artisans, où les gens puissent venir les voir et les acheter. Ce ne doit pas être un magasin, mais une institution, une fondation qui offre cette possibilité de s’exposer. Et en retour, l’artisan créateur s’engagerait à respecter son contrat de « compagnonnage » en vendant ses pièces par la fondation pour financer le développement ultérieur de celle-ci. Pour cela, il faudrait que les collectionneurs qui disent réellement aimer l’horlogerie décident un jour de mettre cela sur pied. C’est mon rêve !

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