Métiers d’art : rencontre avec Constantin Laan, ébéniste d’art

Publié le 27/01/2016 par Lucie Knappek
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Cette année, en partenariat avec EVANELA, ABC-Luxe vous propose un rendez-vous mensuel dédié aux métiers d’art du luxe et du patrimoine français. En pleine mutation, les métiers d’art montent sur le devant de la scène et comptent parmi les grandes tendances du luxe. Entre authenticité, excellence et innovation, nous vous invitons à les découvrir à travers notre série d’interview-portraits.

Ce mois-ci, Lucie Knappek, fondatrice et dirigeante d’EVANELA, a rencontré Constantin Laan, créateur de mobilier d’art contemporain, à la tête de l’atelier Kostia. Rencontre avec un ébéniste d’art aimant relever des défis et la tête pleine de projets.

Artiste, artisan d’art, créateur ? Comment vous définissez-vous ?

Je suis avant tout un créateur, créateur de mobilier d’art.

Racontez-nous votre parcours, comment en êtes-vous arrivé à diriger un atelier de création et une galerie de mobilier d’art ?

Je suis issu d’une famille dans laquelle on a toujours beaucoup aimé travailler le bois. Mes arrière-grands-parents, mes grands-parents et mon père, avaient un atelier de menuiserie, en amateur. Cependant, après avoir fait des études d’économie aux Etats-Unis, j’ai démarré une carrière professionnelle « classique » au sein de grands groupes. Alors que ma carrière me semblait toute tracée, je me suis totalement remis en question il y a une quinzaine d’années.
Je savais vouloir me diriger vers la création mais je désirais impérativement y associer un côté utilitaire. L’évidence a été la création de mobilier, une table reste une table, autrement elle devient de l’art.

Une fois ma décision prise, les choses sont allées vite. J’ai fait un CAP ébénisterie en 2006 aux côtés d’un ancien compagnon du tour de France, puis j’ai travaillé pendant quatre ans pour des fabricants de meubles 18e siècle. En 2010, j’ai repris l’atelier que je dirige aujourd’hui. Les anciens propriétaires voulaient partir vers de nouveaux horizons, nous nous sommes très bien entendus et cela s’est fait naturellement.


Kostia table Samothrace bleue.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

La sublimation de la matière.
Et même si je suis de plus en plus dans la création pure, je participe encore à la fabrication dans l’atelier, ce qui a toute son importance pour moi.

Pouvez-vous nous décrire votre journée type ?

J’arrive à l’atelier vers 8 h. On partage un café en équipe pour préparer ce que chacun va faire dans la journée, expliquer ce vers quoi on va, les nouveaux projets... Puis je passe à la production, aussi bien en atelier qu’au bureau, avec les maquettes et les croquis pour les nouvelles pièces. La journée peut alors s’entrecouper de visites et de rencontres avec les personnes intéressées par notre travail.

Je consacre régulièrement mes soirées à des inaugurations de galeries ou de musées qui sont le meilleur moyen d’être au fait de l’actualité du monde de l’art contemporain.

Qui sont vos clients ?

Nos clients sont principalement des particuliers, collectionneurs et esthètes. Ils désirent un mobilier qui sorte du commun, une pièce marquante pour leurs intérieurs (nos pièces sont numérotées, en séries très limitées ou pièces uniques).
Nous travaillons aussi pour des entreprises et des institutionnels et commençons à développer nos relations avec les décorateurs.
Nous avons notre propre galerie en face de l’atelier, et j’expose régulièrement dans d’autres galeries ou lieux tels que le cabinet de curiosité de Thomas Erber.


Kostia guéridon Watersnake couleur bronze.

Usez-vous de techniques ancestrales pour la fabrication de vos créations ? Quelle place accordez-vous à l’innovation dans les processus de production ?

Nos gestes, sont pour beaucoup, les mêmes qu’au 18e siècle. Et si nous avons modifié certaines manières de produire et certains matériaux, le geste reste néanmoins le même.

L’innovation chez nous se retrouve surtout dans l’aspect structurel de nos créations. A titre d’exemple, j’utiliserai de la fibre de carbone si je veux avoir un plateau qui fait 1 cm d’épaisseur. Mais je le plaquerai, le laquerai etc. pour le plier à mon esthétique. Le carbone ne se verra pas, il restera structurel.

D’où tirez-vous vos inspirations ? Collaborez-vous avec des designers ?

Non, je ne collabore pas avec des designers. Je tire mes inspirations de ce que je vois et de ce que je ressens. De mes promenades, de mes visites… C’est très varié et cela peut partir de rien. D’une feuille morte par exemple.
A titre d’exemple, je suis en train de travailler sur des appliques en bronze suite à un morceau de bois trouvé décomposé dans la nature.
Quant à notre cendrier Volcan, vous devinez ses origines ! Je souhaitais à la fois un côté lisse pour la coupelle et la roche creusée par les coulées de lave pour le tour.


Kostia cendrier Volcan or.

Comment se positionne Kostia dans le secteur des métiers d’art ?

Je fais de la création de mobilier et j’ai la chance d’avoir mon atelier d’art qui me permet de réaliser mes propres pièces, de les modifier en cours et de sortir le meuble tel que je l’avais imaginé. L’atelier me permet de limiter les interprétations pour garder la proportion ou le dessin juste.

Quels sont vos prochains grands défis ?

Notre défi premier est celui de l’accroissement de notre notoriété et de notre visibilité auprès des collectionneurs.

La transmission des savoir-faire a toute son importance bien entendu mais je suis très optimiste de ce côté-là. En France, il y a une grande culture de la copie de mobilier 18e siècle qui s’accompagne automatiquement de la transmission des savoir-faire associés. Et si l’on est capable de faire une belle commode 18e, on est capable de tout faire.

Un projet qui vous a particulièrement marqué ?

Un projet qui m’a beaucoup amusé : la création d’une table de conférences qu’une entreprise nous a commandée. Partis d’un simple projet de table de réunions, nous avons créé un réel lieu de vie, à la fois lieu de réceptions, de rencontres, d’esthétique et de réunions. Ce lieu vit aujourd’hui au quotidien et la création fait 9,50 m de long par 2,50 m de large. Un projet passionnant.

Interview réalisée par Lucie Knappek, fondatrice et dirigeante d’EVANELA, pour Abc-luxe.

Portrait de Constantin Laan Copyright Louis Teran.

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