Rencontre avec Olivier Carvin, président du groupe hôtelier Maranatha

Publié le 1er/09/2015 par Mathilda Panigada
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Créé en l’an 2000, le groupe possédait trois hôtels en 2006, quatre en 2008. Neuf ans plus tard, il gère une cinquantaine d’établissements partout en France, faisant de lui le treizième groupe hôtelier français, et le plus présent en montagne. Au cœur de la stratégie Maranatha, un accompagnement total intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hôtellerie : le financement, les acquisitions et la gestion d’hôtels. Avec plusieurs hôtels en travaux, de nombreuses ouvertures pour les années à venir et de nouvelles acquisitions prévues, le groupe poursuit sa croissance et s’illustre peu à peu comme un acteur incontournable de l’hôtellerie haut de gamme et de prestige. Afin d’en savoir un peu plus, Abc-luxe a rencontré Olivier Carvin, son président-fondateur. Comptable d’origine, Olivier Carvin place l’humain au centre de ses préoccupations et nous dévoile ses ambitions pour l’avenir. Rencontre avec un patron jovial et passionné.

Quelles sont les lignes fortes de votre parcours professionnel ?
Après une maîtrise de finances à la faculté d’économie d’Aix-en-Provence, j’ai lancé ma propre société d’expertise comptable, un domaine qui me passionnait. Puis en 2000, je me suis associé avec un hôtelier, et nous avons racheté trois établissements afin de les redresser. Nous les avons rénovés, nous avons payé les fournisseurs qui n’étaient plus payés, et surtout nous avons remis en place une dimension humaine, fondamentale à mes yeux. Aujourd’hui, j’ai toujours ces trois hôtels ! Je me suis séparé de mon associé en 2006, et en 2008, j’ai acquis un quatrième hôtel. Puis la crise est arrivée et a remis en cause pas mal de modèles économiques. Il a donc fallu réfléchir à de nouveaux modèles financiers intéressants pour tout le monde...

Pourquoi le nom du groupe Maranatha ?
En langage araméen, il s’agit de la traduction d’un état d’esprit. Je crois énormément aux valeurs de partage, d’humanité, de transparence, je crois que lorsque l’on fait confiance à l’homme, à ses capacités, on arrive nécessairement à quelque chose de bien.
Nous faisons preuve d’empathie avec tous nos collaborateurs. Par exemple, l’un de nos collaborateurs était un grand restaurateur qui n’avait pas les moyens de faire des travaux dans son établissement. Nous avons souhaité l’intégrer pleinement dans la reprise de l’établissement, jusqu’à ce qu’il parte à la retraite. Nous sommes également très soucieux de la nature et de l’environnement. Je pense qu’il est de mon rôle de participer au développement économique de la France, de respecter les emplois, de faire attention aux ressources... D’ailleurs, nous avons remporté pas mal de deals grâce à nos valeurs.

Quelques chiffres clés à propos du groupe Maranatha ?
Un chiffre d’affaires multiplié par deux chaque année depuis cinq ans, et qui s’élèvera à 100 millions d’euros fin 2015. Plus de 2 000 salariés grâce à l’acquisition des hôtels du Roy, et plus de 1 300 chambres dans Paris, ce qui fait de nous le premier propriétaire en terme de chambres.

Quelle est la structure capitalistique du groupe Maranatha ?
Je détiens 80% du groupe, et 20% sont réservés à tous les cadres qui font partie de l’aventure. Le groupe se divise en trois branches principales : tout d’abord la partie finances, qui collecte des fonds auprès d’investisseurs privés, notamment par le biais de la société Finotel auprès du grand public, avec un ticket d’entrée de 15 000 €. La rémunération n’est pas annuelle, il faut attendre sept ans, mais ils peuvent sortir quand ils veulent, sans aucune contrepartie. La collecte se fait sur un an, puis en fonction de son montant nous achetons un, deux ou trois hôtels par année, que nous rénovons, puis revendons.

Nous avons également un modèle différent pour les investisseurs avertis : dans des hôtels dédiés et à partir de 100 000 €, et la durée d’investissement est de sept ans.

La deuxième branche concerne la partie assets, elle touche l’identification et l’acquisition d’hôtels, leur rénovation et la création d’une valeur ajoutée à ces établissements.

Enfin la troisième branche est la partie gestion. Loïc Fauchille, (directeur général délégué du groupe Maranatha, ndlr) gère les opérations relatives à la stratégie de gestion hôtelière.

Envisagez-vous des investissements dans des hôtels de luxe ?
En effet ! Nous souhaitons nous développer sur l’hôtellerie haut de gamme. Je suis persuadé que ce modèle hôtelier va créer des valeurs dans le futur, alors que le modèle classique risque fort d’être attaqué par toutes les nouvelles offres, du type AirBnB, etc.
Nous ne souhaitons pas pour autant voir nos hôtels s’uniformiser, nous souhaitons que chacun d’eux ait une histoire à raconter. L’Hôtel Astor par exemple (où nous réalisons cette interview, ndlr), c’est toute une histoire. Pour nous, l’hôtellerie doit rester un lieu d’expérience.

Quelle importance accordez-vous à la qualité de service ?
En France, nous avons une certaine réputation en matière d’hôtellerie, et nous devons parfois répondre à des standards, en oubliant le caractère humain inhérent. Chez Maranatha, nous plaçons le rapport humain au cœur de l’expérience client. Il doit faire partie des réflexes et des gestes quotidiens de nos collaborateurs, c’est une notion qui doit être omniprésente. Mais cela passe aussi par l’exercice de marque au niveau du groupe Maranatha : il faut que le client reconnaisse la marque au sein de chacun de nos hôtels.

Justement, qu’aimeriez-vous que vos clients disent de la marque après avoir séjourné dans un hôtel Maranatha ?
Qu’il a vécu un moment en or, qu’il parte avec plein de beaux souvenirs de son séjour, et surtout que le service lui ait apporté satisfaction.

Vous évoquez votre volonté d’offrir une nouvelle expérience à vos clients tant en termes de réservations que de mode de séjour, qu’entendez-vous par là ?
En premier lieu, c’est important qu’il y ait du confort ! Ensuite, nous voulons mettre l’accent sur le côté humain. Je pense qu’il faut se méfier des modèles qui mettent l’humain de côté. Nous essayons d’entretenir une vraie relation de proximité avec nos clients, sans toutefois leur donner l’impression d’être harcelés. C’est en cela que réside l’importance du digital. La data par exemple, nous permet de mieux connaître notre clientèle afin de lui proposer les offres les plus adaptées, sans être intrusifs. Dans cette optique de créer de nouvelles expériences, nous sommes très fiers de l’hôtel Le Seven, qui est un hôtel de pure expérience. Le package Nuit Septenaire par exemple, permet aux clients d’essayer toutes les suites de l’hôtel en douze heures... C’est à tester !


Chambre de l’hôtel Le Seven.

Pensez-vous développer Maranatha à l’international ?
Nous souhaitons d’abord terminer notre phase de consolidation en France. Ensuite, le modèle s’exportera, mais cela sera avant tout déterminé par des lieux. L’Italie nous intéresse beaucoup parce que le modèle hôtelier y est différent, et parce qu’il y a de très belles villes. L’Espagne également, mais nous ne savons pas encore comment le pays va évoluer par rapport à la crise. Nous sommes sur une stratégie d’opportunités. Notre idée, c’est la reprise de petits groupes, nous sommes d’ailleurs actuellement en discussion avec un groupe italien.
Nous envisageons aussi Londres, même si 75% du marché est détenu par de grands groupes.

Avez-vous pensé à votre sortie ?
Ce n’est pas pour tout de suite, je ne suis pas près de m’arrêter ! Pour le moment, tout me passionne dans ce métier, et je suis dans l’optique de continuer à créer de nouveaux projets. Par exemple, nous sommes en train de développer une fondation d’entreprise, en parfaite adéquation avec l’état d’esprit Maranatha. L’idée étant que chaque client ajoute 1 €, sans que cela soit obligatoire bien entendu. L’année dernière nous avons comptabilisé 600 000 clients, nous en prévoyons 900 000 cette année. Les projets seraient donc financés en grande partie par les clients, et le groupe Maranatha ajouterait 25%. L’idée étant à terme, de pousser nos confrères à faire de même. Je pense que, indirectement, c’est à nous de créer des charity acts, dérisoires pour chacun mais qui, ensemble, peuvent nous amener à faire de grandes choses.

Quelles sont vos exigences en termes de ressources humaines ?
Je recherche la compétence, l’humanité, la responsabilité, l’autonomie. Des gens qui soient avant tout bien dans leur tête, bien formés et aptes à être autonomes professionnellement. En quelque sorte, des micro-entrepreneurs dans l’âme. Je suis quelqu’un qui délègue énormément, j’aime pouvoir faire confiance à mes collaborateurs.

Vous avez précisé dans le rapport annuel d’activité une volonté de monter en puissance sur les réseaux sociaux, comment comptez-vous vous y prendre ?
Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux, c’est un moyen de communication auquel je crois beaucoup. Nous avons des comptes pour chaque hôtel, sur lesquels nous diffusons des offres, actualités, promotions, etc. ainsi que des comptes au nom du groupe Maranatha. La « marque » Maranatha n’était pas très connue jusqu’à présent, et c’est un fait auquel nous souhaitons remédier, sans, bien entendu, cannibaliser l’histoire individuelle de nos hôtels. Notre présence sur les réseaux sociaux et le lien avec nos hôtels, représentent un excellent moyen de visibilité, que nous souhaitons effectivement continuer à développer afin d’être au plus près de notre clientèle.

En 2018, le groupe accueillera le tout premier hôtel entièrement conçu par le designer Philippe Starck, à Metz. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Et bien, il s’agira en effet du premier hôtel conçu de A à Z par Philippe Starck. Le projet est lancé, la phase de financement est réglée. Nous sommes, à l’instar de Philippe Starck, très attachés à la ville de Metz, ce projet nous tient énormément à cœur et nous en sommes très fiers. Ce sera un bâtiment tout en transparence, éclairé la nuit, et sur le toit duquel trônera une maison typique, telle que l’on en trouve sur l’avenue principale de la ville de Metz. C’est amusant, mais cela sera rentable.


Projet de l’hôtel de Philippe Starck à Metz.

Quelles sont selon vous, les clefs de votre réussite ?
La compréhension des modèles financiers, mais également du côté humain de l’aventure. L’importance donnée aux relations avec les investisseurs, la volonté d’être entouré de personnes compétentes. Il est fondamental d’avoir une notion et une gestion du risque calculée, car nous sommes tout de même des entrepreneurs. Toutefois, il ne faut pas avoir peur, il faut accepter de prendre ces mêmes risques.

Votre plus grande fierté ?
Mes enfants (au nombre de 4, ndlr), ma famille, mes amis.

Votre hôtel préféré ?
Ce n’est pas un hôtel mais un lieu, la Polynésie, pour la beauté exceptionnelle de ses paysages. Bali également, pour l’état d’esprit et la gentillesse de ses habitants. J’aimerais beaucoup découvrir Ushuaïa, je n’y suis encore jamais allé mais cela viendra.

Un designer qui vous émeut tout particulièrement ?
Il y en a plusieurs. Sandrine Alouf, Christian Lacroix, Patrick Jouin...

Un artiste préféré ?
Jean-Jacques Goldman, je trouve que c’est un artiste fabuleux.

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