Portrait de Denis Fabre, directeur du golf de St Cloud

Publié le 17/05/2016 par Mathilda Panigada
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Situé sur les communes de Garches, Rueil-Malmaison et Vaucresson, le Golf de Saint-Cloud s’illustre comme l’un des plus anciens mais également des plus prestigieux golfs de France. Il compte deux parcours 18 trous, le parcours Vert, inauguré en 1913, et le parcours Jaune, conçu quelques années plus tard en 1930, qui offrent un panorama exceptionnel sur la capitale.

Très apprécié, le Golf de Saint-Cloud a accueilli durant son histoire nombre de visiteurs prestigieux, du Duc de Windsor au Président François Mitterrand en passant par Jerry Lewis, Bruce Willis, Sean Connery ou encore l’astronaute américain James Irwin, et continue aujourd’hui d’attirer sur ses parcours de nombreux amoureux du golf. Mais au-delà de son passé prestigieux et de ses parcours de qualité, ce qui rend le Golf de Saint-Cloud si singulier, c’est peut être son esprit de famille, un attachement profond aux valeurs du sport, et une volonté pérenne de mettre en avant la convivialité et la bonne humeur.

Abc-luxe a rencontré Denis Fabre, directeur du Golf de Saint-Cloud et président de l’Association des directeurs de golf de France (ADGF), afin d’en savoir plus sur le fonctionnement de ce haut lieu pour tous les férus du golf, mais aussi sur les enjeux, les difficultés, les évolutions que connaît le secteur. Rencontre avec un véritable passionné, qui met l’éthique, la convivialité et la transmission au centre de sa gouvernance.

Comment en vient-on à prendre la direction du Golf de Saint-Cloud ?

J’ai toujours été passionné par le sport. Mon ambition première était d’exercer en tant que professeur de gymnastique. J’ai rejoint en 1987 l’IUT de Montpellier, afin d’effectuer un DUT de gestion des entreprises et des administrations avec une option gestion des équipements sportifs. Il me fallait faire un choix entre tennis et golf, et j’ai choisi le golf, car c’est un sport que je ne connaissais pas. J’en suis très rapidement tombé amoureux. Alors que j’effectuais mon service militaire, un chasseur de tête m’a contacté pour que je rejoigne le Golf National, en septembre 1990, en phase terminale d’achèvement des travaux, comme directeur adjoint. J’avais alors 23 ans. Nous avons tout mis en place. La politique commerciale, les produits… Puis en 1992, j’en ai pris la direction.

J’ai beaucoup appris de cette expérience. Puisque mon employeur n’était autre que la Fédération française de golf, je connaissais tous les joueurs, le staff, les dirigeants.
J’ai ensuite rejoint le Golf de Saint-Cloud en 1999 en tant que directeur adjoint, puis en tant que directeur en 2011.

Quel était le positionnement du Golf de Saint-Cloud lorsque vous l’avez rejoint ? Qu’avez-vous entrepris depuis ?

Lorsque je suis arrivé, le Golf de Saint-Cloud avait une très belle réputation. C’était le plus grand golf en nombre de membres, mais aussi le plus proche de Paris, malgré quelques points à améliorer concernant la qualité du parcours.
J’ai beaucoup travaillé sur l’organisation de compétitions, et c’est ainsi que j’ai acquis ma crédibilité. L’évènementiel, l’organisation, sont des aspects fondamentaux du succès d’un golf, mais aussi l’un des aspects que j’apprécie particulièrement dans mon métier.

Justement, quelle est selon vous la clef du succès d’une compétition ?

La gestion de la compétition. Gérer, c’est prévoir et plus vous anticipez, meilleur vous serez. Il ne faut pas avoir peur de se lever tôt afin d’éviter les mauvaises surprises, il faut être très présent, et toujours dans l’anticipation. La qualité du parcours, la qualité des installations, de la restauration, du service, doivent être optimum. Mais lorsqu’à la fin de la journée, les gens vous disent, le sourire aux lèvres, que vous dirigez un bel endroit, le pari est gagné.

Comment décririez-vous votre métier ?

C’est un métier de généraliste, entouré de spécialistes. Ne sachant pas tout sur tout, vous ne devez rien ignorer de l’essentiel, et avoir des compétences sur 5 points fondamentaux : la gestion comptable, les relations humaines (le management), l’animation sportive, la gestion technique (entretien du parcours, commissions de sécurité, enseignement, pédagogie) et la relation clientèle.

Comment faites-vous pour attirer de nouveaux membres ?

En fait, notre volonté première est surtout de conserver nos membres actuels. L’aspect relationnel est très différent entre le Golf National et le Golf de Saint-Cloud. L’esprit de convivialité est fondamental pour nous, nous souhaitons vraiment que nos membres se sentent ici chez eux. Nous travaillons autant sur l’attractivité que l’accessibilité du club, notamment par la mise en place d’un système de mensualisation des cotisations, des facilités pour que les enfants puissent devenir membres, ainsi que les conjoints.
Nous insistons également beaucoup sur la vie de club, en organisant de nombreux évènements, la diffusion des matchs de l’Euro par exemple, mais aussi sur l’esprit de famille. Nous tenons à ce que le Golf de Saint-Cloud soit un lieu privilégié pour que les familles puissent passer du temps ensemble. Il n’est pas rare de voir trois générations de membres déjeuner ensemble le dimanche midi.

Dans le milieu du golf, la déperdition est un enjeu majeur. Nombreux sont ceux qui tentent une première année, puis pensent qu’ils sont golfeurs et ne prennent plus de cours, alors que l’apprentissage est permanent.

Qui sont vos collaborateurs ?

Nous comptons un total de 63 collaborateurs, dont 53 sont des collaborateurs équivalent temps plein.
Le profil de nos collaborateurs est assez hétéroclite, le principal est qu’ils soient sensibles à cette notion d’esprit familial que nous faisons en sorte d’enrichir jour après jour. Les membres viennent ici pour se détendre, profiter d’un moment de calme, il faut que l’ensemble des collaborateurs soit en mesure de bonifier ce plaisir. Comme je le leur répète souvent, vous vendez du bonheur, vous devez toujours en avoir un échantillon sur vous.

« Vous vendez du bonheur, vous devez toujours en avoir un échantillon sur vous »

Quels sont les clefs du succès pour assurer la pérennité d’un club comme le vôtre ?

Il faut toujours être dans l’anticipation, ne jamais se satisfaire de la situation qui est la nôtre. Rien n’est plus beau qu’innover. D’ailleurs, j’ai la chance d’être entouré de personnes exceptionnelles, parmi mes collaborateurs comme parmi les membres, à qui je demande souvent de réfléchir à des idées pour que nous soyons toujours plus performants. Il s’agit bien sûr également d’éviter les erreurs commises ailleurs. Nous effectuons une veille pointue sur la façon dont le golf évolue dans les autres pays. Enfin, il s’agit d’un vrai travail d’équipe. Tout le monde doit mettre la main à la pâte.

Est-il compliqué de recruter des membres plus jeunes ?

La tranche des 25-45 ans est en effet plus compliquée à concrétiser. C’est une génération « zappeuse », habituée à faire plusieurs activités en même temps, il est donc plus difficile de les fidéliser et de les faire consommer. Qui plus est, nous sommes en concurrence avec de nombreuses activités, comme le vélo ou la randonnée par exemple, mais aussi des destinations accessibles à moins de deux heures de Paris, avec des tarifs de vols défiants toute concurrence.

Notre comité a mis en place de nombreuses activités pour les plus jeunes : des cours de tennis, de gymnastique, de billard… Il y a peu de temps, nous avons inauguré un simulateur indoor. Cela fait partie intégrante de notre volonté de conserver un esprit très familial. Le week-end, toute la famille doit pouvoir participer à une activité.

En revanche, si les 25-45 ans sont difficiles à recruter, nous sommes extrêmement fiers d’accompagner les enfants de nos membres. Nous les voyons apprendre et progresser, acquérir peu à peu l’éthique du golfeur. Nous avons une culture de l’excellence pour eux, mais toujours sans pression. Et la réussite scolaire passe avant tout.

Quels sont les pays les plus fervents adeptes du golf ?

La Grande-Bretagne qui est la terre historique du golf. Les Américains pratiquent également beaucoup, mais perdent toutefois des pratiquants. Le seul pays qui connait un fort développement actuellement, est la Chine, l’activité golf commence à peine à prendre son envol.

À ce propos, avez-vous mis en place des partenariats à l’étranger, afin de faciliter l’accès au golf ?

C’est effectivement une vraie réflexion actuellement. Notre comité a identifié environ 50 golfs avec lesquels nous avons pris contact et nous avons récemment signé avec le Hong Kong Golf Club.

Pour la première fois en 2018, la Ryder Cup va se tenir en France. Quelles sont vos attentes face à un tel événement ?

Je suis ravi que cet événement se déroule en France. Cela va être une formidable opportunité pour valoriser et promouvoir le golf français. Il s’agit tout de même du troisième événement sportif le plus médiatique au monde, c’est la première fois qu’il y aura autant de grands joueurs américains réunis en France. Un événement de cette ampleur doit nécessairement avoir un impact sur le nombre de pratiquants, nous avons beaucoup d’espoir que son retentissement serve à sensibiliser les gens, qu’ils aient envie de tenter l’expérience.

Votre avis sur le retour du golf aux Jeux olympiques ?

C’est formidable ! Le golf n’était plus représenté aux JO depuis 1904. Cela va être une magnifique opportunité de démocratiser notre sport, qui souffre encore parfois de quelques clichés.

Quelles sont les valeurs communes entre le golf et le luxe ?

L’élégance, le savoir-être, le comportement, la courtoisie, la maîtrise du geste et le savoir-vivre, aussi bien sur le green qu’en dehors. L’éthique, bien sûr, fondamentale dans le golf. N’est-ce pas après tout le seul sport où l’on s’auto-arbitre ? Le golf est une source d’enseignement, d’éducation, il permet d’apprendre à maintenir le respect de soi, d’autrui mais aussi du parcours.

Comment gardez-vous des terrains en aussi bonne santé ?

Ils sont très travaillés, choyés même. La technique progresse énormément, et nos équipes d’entretien sont performantes. Nous arrosons moins en travaillant sur des graminées moins demandeurs en eau. Nous disposons de techniques à la disposition des intendants de terrain pour être performants sur la qualité d’un parcours.

Y a t-il une anecdote sur votre métier que vous aimeriez nous faire partager ?

Lorsque mon premier chasseur de tête m’a recruté, il m’a posé une question piège : Est-ce que vous aimez faire la fête ? J’ai répondu oui, mais toujours avec modération. Il m’a répondu « Dommage ! Car le golf est toujours une fête ». Je me souviendrai toujours de sa réponse. Cela est resté gravé dans la mémoire avec une certaine émotion. Lorsque je me lève, mon ambition est de faire de la journée de tous les membres, un moment festif. C’est une anecdote que je partage à chaque formation que j’anime.

Votre maxime ?

« Le mieux que tu pourras, le plus longtemps que tu pourras ». Je l’avais affichée dans mon placard étant enfant. J’y adhère toujours autant aujourd’hui, et je trouve que c’est une valeur saine à transmettre à mes enfants.

« Le mieux que tu pourras, le plus longtemps que tu pourras ».

Avez-vous des golfs préférés, en dehors bien sûr du Golf de Saint-Cloud ?

J’ai découvert voilà peu de temps le parcours de Kingsbarns près de St Andrews, je me souviens de Kiawah Island en Caroline du Nord. En France, en dehors des parcours du Golf de Saint-Cloud, j’apprécie beaucoup Fontainebleau, c’est un cadre vraiment privilégié.

Interview réalisée par Kathy O’Meny, Thierry-Yves Philippe et Mathilda Panigada pour Abc-luxe.

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