Valérie Messika, une entrepreneuse au pays des diamants

Publié le 7/10/2016 par Abc-luxe
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Fille du célèbre diamantaire, André Messika, le parcours de Valérie Messika semblait tout tracé. Passionnée par les marques, entrepreneuse dans l’âme, Valérie décide d’écrire sa propre histoire au pays des diamants.

En 2005, elle lance Messika, dont le concept tranche radicalement avec le faste et le clinquant des grandes maisons de joaillerie, avec une pensée alors tout à fait novatrice : rendre le diamant accessible, portable au quotidien, souple, mais moins ostentatoire. Pari réussi pour la créatrice, qui fêtait l’an dernier le 10e anniversaire d’une aventure qui a tout de la success story.

Arborées par les plus grandes stars (Beyoncé, Eva Longoria, Selena Gomez ou encore Doutzen Kroes font partie de ses clientes), distribuées dans le monde entier, les créations Messika n’ont de cesse de faire fantasmer les femmes de par leur légèreté, leur design ultra-moderne et leur discrétion glamour.

Dans le cadre de notre série d’interviews de patrons, nous avons rencontré Valérie Messika, qui nous a livré sa philosophie, ses ambitions, ses motivations avec une sincérité touchante.

Où sont vos ancrages ?

Je ne suis pas arrivée là par hasard. Mon père (André Messika, ndlr) est diamantaire depuis plus de 45 ans, l’un des leaders du diamant français. J’ai été élevée dans ce monde depuis ma plus tendre enfance. Sans compter sur le fait que mon père espérait que l’un de ses enfants reprenne le flambeau.

J’ai fait mes armes chez Chanel, avant de parcourir le monde pour apprendre le métier de mon père, mais je sentais que ça n’allait pas être le mien. J’étais déjà très attirée par l’univers des marques, la communication, je rêvais de travailler dans la pub. J’ai alors commencé à réfléchir à l’idée de créer une marque autour du diamant, quelque chose de moderne, mais en même temps très accessible, pour permettre aux femmes de s’offrir elles-mêmes des diamants. Mon père, m’a encouragée à foncer. « Je suis ton partenaire à partir du moment où tu ne copies personne. Concentre-toi sur le diamant, ce sont tes origines ! ». Ce fut le début de l’aventure.


Créoles collection Move.

À quoi ont ressemblé vos débuts ?

Il y a 11 ans, le secteur était en pleine mutation. Tati Or s’était installé rue de la Paix. On voyait éclore des enseignes comme le Manège à Bijoux, des grandes maisons comme Chanel et Dior se mettaient à faire du bijou… La croissance du marché de la joaillerie était à la hausse, et c’est un secteur qui n’était pas du tout « brandé », contrairement aux autres secteurs du luxe. Il y avait de la place pour de nouvelles marques. Pour moi, tout s’est fait de façon très intuitive. Je n’avais pas de business plan, ni de démarche méthodique. Grâce au réseau de mon père, j’ai pu accéder dès le début à de très bons distributeurs. Le marché a très bien réagi, et l’accélération s’est faite très rapidement, surtout durant les sept premières années.
Puis nos créations ont commencé à être portées par des célébrités, notamment Beyoncé, nous avons bénéficié d’une visibilité incroyable, très virale. Cela nous a également donné de la légitimité pour contacter d’autres célébrités.
Puis en 2014, nous avons inauguré le premier écrin Messika à Paris, rue Saint-Honoré. Aujourd’hui, nous avons quatre magasins en propre, notamment à Genève, au Kazakhstan et au Qatar, et plus de 250 distributeurs dans le monde.

« J’aime et je respecte le diamant, et je veux qu’il parle de lui-même »

Quelle est la philosophie, la démarche créative de Messika ?

Lorsque je me suis lancée, je trouvais le discours « le diamant est éternel » extrêmement ennuyeux (rires). Mes goûts étaient plus portés sur le minimaliste, le très épuré. J’avais envie de proposer des créations confortables, que les femmes puissent porter au quotidien. Mon mantra en terme de création était plutôt « j’aime et je respecte le diamant, et je veux qu’il parle de lui-même ». L’idée était donc de faire disparaître la monture presque complètement, afin de laisser le diamant s’exprimer. C’est ainsi qu’est née notre collection iconique : Move, qui arbore des diamants qui coulissent. La démarche consistant à créer tout un univers de marque global, l’esthétique, les showrooms, la communication, m’a passionnée. J’avais envie d’une autre forme de communication, qui célébrait vraiment la femme et pas uniquement le bijou. Nos premières campagnes de communication avaient déjà une dimension très mode, presque davantage à l’image d’un magazine de mode plutôt que d’une publicité de bijou.


Collection Move - Terry Richardson.

En 2012, vous avez lancé votre première collection de haute joaillerie. Vous êtes-vous sentie intimidée ?

Absolument pas, car je savais que c’était complètement légitime pour la marque. Non seulement j’avais la chance d’avoir accès à des pierres incroyables, mais je bénéficiais également d’une assise de 45 ans grâce à mon père. Je reconnais que c’est un cas d’école d’avoir commencé par la joaillerie pour ensuite nous diversifier vers la haute joaillerie. Mais nous avons conservé la démarche esthétique qui caractérise Messika, à savoir des créations modernes, pas bling-bling, résolument contemporaines.

Y a-t-il d’autres personnes importantes dans l’aventure Messika ?

Toute mon équipe, qui est la même depuis le début ! Mon cousin germain dans le domaine créatif, c’est d’ailleurs lui qui m’a appris à aimer l’art, mon mari qui s’occupe de la distribution, de la partie commerciale et qui est directeur général de l’entreprise, mon grand cousin, qui occupe le poste de directeur financier, et ma meilleure amie, qui est la directrice du marketing et du développement. Messika n’en serait pas arrivé là si je n’avais pas eu avec moi une équipe de personnes si complémentaires.

Et quel est selon vous, votre plus grand talent ?

J’ai une vraie vision de là où je souhaite emmener la marque en termes de positionnement et de stratégie.

Quelques chiffres à propos de Messika ?

65 millions d’euros de chiffre d’affaires, 95 personnes qui travaillent pour la marque, les collections distribuées dans 58 pays. Nous envisageons de nous développer davantage en propre dans les prochaines années, et de nous développer en Asie. Pour le moment nous sommes uniquement présents à Hong Kong.

Une prochaine diversification qui vous tienne à cœur ?

Peut-être une montre… C’est une idée que j’ai en tête, mais qui n’est pas encore développée.

Vous avez lancé une collection masculine. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer des bijoux à destination de cette clientèle ?

On me répétait souvent que l’offre masculine de bijoux n’était pas très développée, alors que les jeunes générations avaient davantage envie de porter des bracelets.
Nous avons décliné le bracelet MOVE en titane, très léger, très confortable. Il a été lancé à l’occasion des Jeux olympiques avec Camille Lacourt et Florent Manaudou.

Y a-t-il quelque chose qui vous fasse encore rêver ?

J’ai déjà la chance de vivre un rêve, une véritable aventure humaine, je suis entourée de gens très motivés, admirables, et je suis heureuse que les nouveaux arrivants soient fiers d’intégrer la société. Nous avons encore cette innocence de petite entreprise familiale qui grandit : c’est mon moteur. Mais cela va de soi, il y a encore plein de choses qui me font rêver.

Vous avez deux filles, le thème de la transmission est-il d’actualité ?

Elles sont encore un peu jeunes, elles ont deux ans et demi et quatre ans et demi. Bien sûr, je serais extrêmement fière qu’elles reprennent l’entreprise, mais seulement si elles en ont envie. Pour le moment, elles font des coloriages à côté de la personne qui réalise les gouaches des bijoux. Je plante la graine petit à petit ! (rires).

Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?

Je dois avouer que depuis les débuts de l’entreprise, j’adopte une stratégie assez court-termiste. Si, lorsque j’ai lancé la société, j’avais imaginé qu’elle se développerait à ce point, j’aurais certainement eu peur. Dans dix ans, j’aimerais que Messika soit une véritable référence du secteur du diamant.

Quel est le rythme de vos collections ?

Nous présentons une collection très importante à Bâle, qui comprend entre 80 et 100 pièces, dont un peu moins de la moitié en haute joaillerie. Puis nous présentons une collection de haute joaillerie durant la semaine de la joaillerie, qui se tient en parallèle à la fashion week Haute Couture.


Collection Glam’Azone - Terry Richardson.

D’où tirez-vous vos sources d’inspiration ?

Plus vous créez, plus vous avez envie de créer. Nous nous sommes composés un petit patrimoine de codes, depuis plus de dix ans, qui nous inspire au quotidien. Et je m’inspire beaucoup de la mode, de mes voyages, de l’air du temps. Mais aussi de la femme avec un grand F. Que cela soit ma mère, mes filles, une actrice…

Que pensez-vous des réseaux sociaux ?

Je suis consciente de leur puissance, et j’aimerais d’ailleurs qu’on me donne des cours. (rires).
Nous maîtrisons assez bien Instagram, qui est très viral, permet de beaux échanges et qui plus est, très lié au monde de la mode. On se sent d’ailleurs très proche de nos followers sur Instagram. Je gère moi-même le compte avec un community manager. Sur Facebook en revanche, la communauté est moins engagée, et Twitter… Je dois avouer que ce n’est pas mon fort ! (rires).

Quelle est votre saison préférée ?

L’automne, cela me donne l’impression de recommencer une nouvelle page.

Et y a-t-il une personne que vous rêviez de rencontrer ?

Oui : Philip Stark, je le trouve assez drôle et j’aime ce qu’il fait.

Interview réalisée par Kathy O’Meny et Mathilda Panigada pour Abc-luxe.

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