Rencontre avec Cyrielle Leclère et Natacha Pons, à la tête de la maison Beau Voir

Publié le 20/11/2015 par Lucie Knappek
Partager sur les réseaux sociaux :

Cette année, en partenariat avec EVANELA, ABC-Luxe vous propose un rendez-vous mensuel dédié aux métiers d’art du luxe et du patrimoine français. En pleine mutation, les métiers d’art montent sur le devant de la scène et comptent parmi les grandes tendances du luxe. Entre authenticité, excellence et innovation, nous vous invitons à les découvrir à travers notre série d’interview-portraits.

Ce mois-ci, nous avons rencontré Cyrielle Leclère, designer de mode, et Natacha Pons, brodeuse d’art, les deux fondatrices et créatrices de Beau Voir, maison de parures d’exception. Elles nous parlent de leur passion pour l’excellence, de leurs inspirations ainsi que de leurs projets de développement.

Une rencontre mêlant onirisme et développement économique.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce qu’est la maison Beau Voir et quels sont les savoir-faire que vous développez ?
Beau Voir est une marque de parures d’exception qui s’adresse à une clientèle d’esthètes à la recherche d’une pièce qui sera le reflet intime d’elle-même. Nos parures sont des pièces hybrides, à la croisée entre le vêtement, le bijou et l’art contemporain.
Cyrielle est spécialiste de la construction textile en volume et des microstructures, Natacha est experte en broderie d’exception. Nos savoir-faire sont complémentaires et ensemble, nous donnons naissance à un univers onirique avec des pièces uniquement réalisées à la commande, en dialogue perpétuel avec nos clients.
Nos valeurs sont d’ailleurs celles d’une mise en avant intelligente des savoir-faire d’excellence, de la recherche permanente d’innovation dans l’usage des pièces et des techniques développées, et d’une relation personnalisée que nous construisons avec chaque commanditaire.

Et parce que nous exprimons également nos savoir-faire dans le domaine de la décoration et de l’objet textile, nous avons créé une autre structure : P&L Studio, dédiée à une clientèle de professionnels (designers, décorateurs, maisons de luxe…) pour qui nous concevons et réalisons des vitrines, des PLV, de la décoration d’intérieur pour des boutiques, des yachts ou encore des avions privés.


Crédit photo : Thomas Labois.

Racontez-nous votre parcours. Comment vous êtes-vous connues et comment avez-vous créé Beau Voir ?
Notre rencontre est un coup de cœur artistique !
Natacha a une double formation. Tout d’abord technique, acquise aux côtés d’une Meilleure Ouvrier de France en broderie Haute couture pendant deux ans ; puis artistique, faite au sein de l’ENSAA Duperré en broderie d’art. « Je travaille aussi dans des ateliers de Haute couture pour faire des propositions techniques ou esthétiques via de l’échantillonnage de broderie. Il faut saisir l’ADN de la marque et se mettre dans l’esprit du directeur artistique pour faire des propositions cohérentes, c’est passionnant ».
Cyrielle, quant à elle, est issue de l’ENSAD en design vêtement. Elle maîtrise les techniques du modélisme mais surtout l’approche du designer. Elle a très vite travaillé en tant que freelance et s’est entre autres spécialisée dans l’objet textile.
C’est en 2011, alors que Cyrielle animait un atelier à l’occasion de l’exposition sur Hussein Chalayan au Musée des arts décoratifs, que les deux créatrices se sont rencontrées. « Notre vision commune à propos de la création artistique et des savoir-faire d’excellence nous a immédiatement rapprochées. Nous sommes restées en contact et avons décidé de nous unir autour d’un projet commun : Beau Voir. C’est en lançant la marque que l’on a réellement appris à se connaître ».

Concernant vos propres collections pour Beau Voir, d’où tirez-vous vos inspirations ?
Nos inspirations partent souvent de notions abstraites et d’ambiances. Un conte, une histoire, une exposition, peuvent nous amener à créer tout un univers iconographique que l’on matérialisera ensuite en un moodboard et en recherches de matières, qui aboutiront à une collection.
Le conte de La Belle et la Bête nous a beaucoup inspirées pour notre première collection. La sublime beauté et la terrifiante monstruosité : leur complémentarité, leur opposition. De là est née la collection Transylvania, qui illustre l’histoire d’une princesse slave fuyant son destin au travers d’une chevauchée nocturne. Elle est poursuivie par un monstre qui n’est autre qu’elle-même. Elle se fait dévorer mais renaît de ses cendres, plus forte et plus épanouie.


Crédit photo : Thomas Labois.

Qu’est-ce qui fait la richesse de votre métier ?
Pour Natacha, c’est avant tout la liberté de travailler dans des contextes variés (mode, ennoblissement d’intérieur, cinéma, accessoires...) et sur tous types de supports (cuir, soie, mais aussi métal ou PVC). « En broderie, les fournitures et les techniques sont tellement vastes que la créativité ne connaît aucune limite. Avec du temps, de la passion et du savoir-faire, tout est réalisable ».
Pour Cyrielle, le luxe de son métier, c’est le fait de s’inscrire dans l’histoire du vêtement et de lui donner un sens aujourd’hui. « J’aime que l’on veuille s’exprimer à travers la parure. J’aime également y apporter une approche narrative, permettre l’évasion et la contemplation ».

Quelle est votre journée type ?
Rires.
Nous sommes deux entrepreneurs et nos journées sont très diverses. Elles se composent aussi bien de rédaction de devis, de stratégie, d’échanges avec des fournisseurs, que de moments de création. On alterne sans cesse entre des plages courtes mais intenses de communication autour de Beau Voir et des moments où le temps s’arrête et où l’on redevient des créatives pures.


Crédit photo : Thomas Labois.

Qui sont vos clients, où êtes-vous distribuées ?
Que ce soit Beau Voir ou P&L Studio, notre clientèle est internationale et a pour points communs le sens du beau et le goût de l’exceptionnel. Beau Voir s’adresse à des hommes et à des femmes amateurs d’art et du travail fait main, tandis que P&L Studio répond surtout aux attentes de professionnels du luxe et de l’aménagement intérieur. Nous ne fonctionnons que sous la forme de rendez-vous et notre réseau s’étoffe peu à peu au fil des réalisations et des missions. Nous ne cherchons pas à bénéficier d’un réseau de distribution à proprement parler, auquel nous préférons la pièce unique et la série limitée. Nous n’exposons nos collections que très ponctuellement, uniquement dans des lieux privilégiés, à l’écart des sentiers battus.

Comment voyez-vous le développement de Beau Voir ? Le développement est-il compatible avec la fabrication artisanale ?
Concernant Beau Voir, notre souhait n’est pas d’accroître le nombre de pièces réalisées. Au vu de nos méthodes de travail (artisanales et sur mesure), nous privilégions l’atteinte d’un niveau de qualité (au niveau des matériaux) et d’expertise toujours plus importants, ce qui demande beaucoup de temps et d’investissements. Notre ambition de développement porte sur le fait de réussir à contenter une clientèle internationale sensible à notre démarche.
Concernant P&L Studio, nous envisageons de nous installer dans un atelier au cœur de Paris pour y recevoir notre clientèle tout en continuant de bénéficier d’un espace adapté aux projets de grande envergure. Nous avons également l’intention de présenter notre travail à Dubaï à travers un showroom qui se situe au sein d’une boutique d’ennoblissement intérieur pour jets privés, yachts et palais.
Nous aimerions reproduire ce type de collaborations à travers le monde (à Paris, par exemple) et développer de nouveaux partenariats aux côtés de décorateurs d’intérieurs « premium ».
Nous venons d’ailleurs de lancer des démarches pour solliciter un nouvel investisseur prêt à nous accompagner dans ces développements.

Qu’est-ce qui, dans votre métier, vous rend fières au quotidien ?
Générer des choses de nos propres mains, donner naissance à des créations. Produire des objets tangibles et pérennes à une époque de dématérialisation et de « fast consumption ».


Crédit photo : Chloé Jacquet.

Que représentent, selon vous, les métiers d’art pour le patrimoine français ? Quelle est leur place au sein de l’industrie du luxe et de la mode ?
Les métiers d’art sont un trésor. Ils sont à la fois notre tradition et notre avenir.
La fonction de l’artisan est de générer des objets, de répondre à un besoin, et cela se fait en général de manière responsable, avec de la création locale, de la traçabilité. On retrouve de nouveau la notion de pérennité.
L’artisanat est la solution pour une économie responsable et à échelle humaine.

Quelle place pour l’innovation dans vos créations textiles et de broderie ?
Une place permanente, et majeure à chaque étape !
L’innovation est présente au travers de l’utilisation de savoir-faire traditionnels mis au service d’une esthétique très contemporaine. On la pratique également avec la création, au quotidien, de nos propres matériaux : on achète des perles que l’on retravaille avant de les broder. On peut les teindre, les graver, les tremper dans l’acide… Il y a aussi l’usage du verre, du bois ou encore les systèmes d’attache que nous développons.

Pour finir, un mot sur votre prochaine collection ?
Elle va nous emmener très loin ! (Rires).
… Vers la Lune.
Nous allons utiliser des matières très inhabituelles, d’habitude étrangères au monde de la mode. Nous irons vers des pièces encore plus travaillées, pour être au plus près de la parure-bijou, à la fois trésor et talisman.

Articles complémentaires

Secteurs

Qui sommes-nous ? |  Annonceurs |  Partenaires |  Inscription à la Newsletter |  Contacts |  Informations légales |  © abc-luxe 2015