Rencontre avec Serge Nicole, président du salon Révélations

Publié le 2/09/2015 par Mathilda Panigada
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Du 10 au 13 septembre prochain se tiendra au Grand Palais le salon Révélations, entièrement dédié aux métiers d’art et à la création. Organisé pour la première fois en septembre 2013, le salon avait rassemblé pas moins de 267 exposants français et internationaux, et attiré quelque 34 000 visiteurs venus découvrir et admirer des savoir-faire rares et inimitables. Ebénistes, sculpteurs, dominotiers, artistes verriers, céramistes, orfèvres et joailliers, mais aussi modistes, artisans bottiers ou plumassiers, seront au rendez-vous lors de cet évènement phare de la rentrée culturelle.
Afin de mettre en lumière l’artisanat et la création d’excellence, Abc-Luxe collabore avec l’agence EVANELA, spécialiste de la création de moments rares au cœur des métiers d’art du luxe et du patrimoine français. Cette collaboration initie une série de portraits d’artisans. En guise de préambule, nous avons posé quelques questions à M. Serge Nicole, président d’Ateliers d’Art de France et président du salon Révélations, qui a accepté de nous en dire un peu plus sur les enjeux et objectifs de cet évènement culturel qui s’annonce passionnant.

Tout d’abord, racontez-nous votre parcours
Passionné depuis toujours par l’art, j’ai mené des études d’architecture à Bordeaux, puis, attiré par la confrontation avec l’art céramique, j’ai créé mon atelier d’abord en Gironde, puis à Sainte-Eanne en Poitou. J’y exerce depuis 36 ans le métier d’art de céramiste porcelainier, en confrontation quotidienne avec la terre, l’eau, l’air et le feu. Ce qui est en jeu dans un atelier de céramique, est la place de l’homme sur la Terre. Après des décennies d’observation de la situation sociale des métiers d’art, j’ai entrepris de mettre en œuvre par l’action collective, ce que j’avais imaginé dans mon atelier. Elu au poste de président d’Ateliers d’Art de France en 2006, je réalise depuis lors une structuration méthodique du secteur, à travers des actions telles que la Fédération de l’ensemble des professionnels, la Fondation Ateliers d’Art de France, l’organisation du Salon du patrimoine culturel, l’Union des syndicats de métiers d’art, et le salon Révélations.

La première édition du salon Révélations s’est tenue en 2013. Quelles ont été vos motivations pour monter et présider cet évènement ? Quel message souhaitiez-vous faire passer ?
Révélations est l’événement phare qui manquait aux métiers d’art et à la France. Depuis le premier jour de ma présidence, j’ai travaillé à le rendre réel. Je voulais un salon conçu et organisé par notre profession, qui consacrerait la présence des artistes de la matière au cœur du pays, sous la verrière du Grand Palais. Révélations est probablement l’acte le plus important de ma présidence ; un événement à notre image, accueillant, universel, qui donne un souffle neuf, de beauté, de sincérité, dans la société contemporaine.
Révélations parachève le mouvement d’émancipation collective que nous avons entrepris il y a des années. Il donne à notre secteur la visibilité qui lui manquait ; il constitue un formidable levier de stimulation de la création, de déploiement économique et il est un facteur de fierté pour tous.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste les métiers d’art et quelle est leur place dans le secteur du luxe ?
Les métiers d’art sont un secteur de l’économie française, formé de 38 000 ateliers d’art, en grande partie de très petites structures, centrées autour d’un créateur. Les métiers d’art font partie de la famille des industries de la création, pour laquelle la France est pionnière dans le monde, aux côtés de la mode, du design, du luxe et de l’art contemporain. Cet ensemble de cellules individuelles ou familiales forme un laboratoire de recherche permanente à l’échelle du pays, dont les créations irriguent l’ensemble de l’économie. Quelques-uns de ces très petits ateliers d’art se développent et ont vocation à devenir des marques de luxe, par la nature même de leur marché, qui est le marché mondial du luxe. C’est ainsi qu’historiquement, le secteur des métiers d’art a donné naissance à l’industrie du luxe au début de la société industrielle. Ce phénomène d’irrigation du monde du luxe par le secteur des métiers d’art est quotidiennement en action dans les ateliers. Le secteur du luxe et le secteur des métiers d’art sont une seule famille, un même marché, et les enjeux de succès international de la France et des entreprises passent par une bonne coopération entre ces deux pôles essentiels de l’économie de la création.


Salon Révélations, édition 2013.

Quels ont été les enjeux et obstacles rencontrés lors du lancement de la première édition ?
Convaincre les pouvoirs publics de la force créative exceptionnelle de ce secteur qui représente un enjeu de succès international pour la France. Vaincre les clichés et les idées fausses qui affectaient ce secteur à un monde du passé, à une nostalgie préindustrielle. Renverser des barrières mentales solidement installées en France, qui cloisonnent, distinguent chaque famille, art, design, métiers d’art et luxe, constitue des freins à la création et à l’économie. Nous pouvons dire « cloisonnaient » d’ailleurs, car la première édition de Révélations a donné un coup fatal à ces frontières devenues très fragiles. Révélations a donné la visibilité indispensable à notre secteur. La première édition a été décisive dans l’obtention de la loi qui reconnaît le secteur des métiers d’art comme un secteur économique à part entière et sa dimension artistique intrinsèque.

Quelles sont les nouveautés de cette seconde édition ?
Cette deuxième édition est tournée vers l’international. Le thème du Banquet, cette longue exposition centrale autour de laquelle se répartissent les créateurs exposants, est l’accueil international. Quinze pays y sont représentés à travers un commissaire d’exposition désigné par le pays invité et une sélection de l’excellence de la création actuelle dans chaque partie du monde représentée. En écho, un symposium international sur les enjeux des métiers d’art est organisé le vendredi au Grand Palais. C’est la première fois qu’un tel colloque est organisé.

Vous êtes vous-même céramiste de profession, participez-vous au salon Révélations à ce titre également ?
Absolument ! J’ai le grand bonheur d’exposer à Révélations. C’est un événement culturel extrêmement stimulant, où chacun se dépasse et présente le meilleur de sa création. Je vais présenter une collection inédite créée spécialement pour Révélations et pour ce moment essentiel de notre profession.


Salon Révélations, édition 2013.

Comment se tient la sélection des exposants au salon ? Quels sont les critères ?
Pour cette seconde édition, nous avons fait appel à de nouvelles personnalités qui ont eu la lourde responsabilité de la sélection des exposants.
Ce comité est plus international et plus ouvert sur le monde professionnel avec notamment des personnalités du monde de l’architecture et du design ainsi que des collectionneurs, des artistes tels : Odile Decq (architecte), Jeong-Soo Lee (directeur du centre culturel coréen), Mark Lyman (fondateur du SOFA Chicago), Renaud Dutreil (ancien ministre, directeur de la branche américaine de LVMH, administrateur de la Parson School), Yves Mikaeloff (ancien président de la Biennale des antiquaires, galeriste), Antoine Leperlier,(artiste verrier)…
Les critères principaux sont « la création contemporaine » et « la sincérité de la démarche artistique ».

Quels retours concrets peuvent espérer les exposants du salon Révélations ?
L’accès à son marché. Aujourd’hui, le marché est international. Pour y accéder, Révélations est un tremplin formidable, très stimulant pour les exposants comme pour les visiteurs, qui savent qu’ils vont découvrir ici en avant-première, des créations inouïes, inédites.

Pour cette seconde édition, le salon Révélations met à l’honneur la Corée du Sud, à l’occasion de l’année France Corée. Est-ce un pays dont les savoir-faire sont particulièrement reconnus et pourquoi ?
La Corée du Sud succède à la Norvège en tant que pays à l’honneur cette année.
L’Asie et particulièrement la Corée, possède une tradition tournée vers les métiers d’art depuis des millénaires. La culture coréenne est sans égale en ce domaine. Ainsi, les savoir-faire de la laque, de la nacre, de la céramique, de l’ébénisterie, de la passementerie ou du papier, y sont proprement stupéfiants et extraordinaires. Les métiers d’art français se sont construits dans un dialogue avec la culture coréenne et ces savoir-faire ont nourri les artistes français d’aujourd’hui.

Quel autre pays aimeriez-vous mettre à l’honneur, selon vos goûts personnels ?
Le dialogue avec l’Italie, qui a nourri des siècles de culture croisée avec la France, faite d’admiration mutuelle, d’échanges, de défis, dans tous les domaines des arts et de la création, n’a pas fini de porter ses fruits pour notre enrichissement mutuel. Le jour viendra où l’Italie sera le pays à l’honneur à Révélations.

Quelles sont les actions qui pourraient, selon vous, rendre les métiers d’art plus « désirables » aux yeux des plus jeunes et du grand public ?
Révélations et son impact médiatique, sa valeur d’exemplarité, est une étape décisive dans cette longue route. L’application de la Loi du 18 juin 2014 en sera une autre. Cette loi connaît encore hélas des freins considérables. Le lobbying de l’artisanat pèse de tout son poids pour empêcher cette émancipation pourtant inéluctable et bénéfique à tous. La pleine reconnaissance du secteur des métiers d’art permettra à la France et à nos jeunes, de disposer d’une filière de formation complète. Les jeunes ne seront plus contraints de trouver dans d’autres pays la formation qui n’existe pas ici.

Avec le salon Révélations, les métiers d’art sont résolument contemporains et tournés vers l’innovation ; est-ce là le signe d’une tendance profonde dans le secteur et d’un renouveau ?
Oui. Vous avez raison. C’est exactement ce qui se produit et qu’éprouvent tous les ateliers d’art. Depuis une quinzaine d’années, notre communauté vit une effervescence d’innovation et de créativité – qui va de pair avec le mouvement d’émancipation sociale que nous conduisons. La globalisation, l’internationalisation du marché, et l’attraction que les métiers d’art, comme le luxe, suscitent dans le monde, a ouvert pour ce secteur en pleine structuration, des horizons neufs et immenses.

Lors de la première édition du salon Révélations, y a-t-il un métier, un savoir-faire particulier, qui vous a profondément marqué ?
J’aime énormément Julian Schwartz. Cet artiste reprend l’art à sa base, à partir de ses origines ancestrales : un tronc d’arbre et un homme qui l’affronte, de façon directe, élémentaire, sans détour, telle une question à l’univers. De même, tous les privilégiés qui ont un jour approché Roland Daraspe, l’ont écouté parler avec sa douceur incomparable de ses œuvres fascinantes, du vermeil, de l’assemblage de l’or et de l’argent, en sont touchés à jamais.

Vos ambitions pour le salon Révélations ?
La première édition s’est déroulée dans un élan d’enthousiasme collectif. Cette seconde édition marque son inscription sur le long terme dans le paysage des salons culturels français. Révélations va rythmer la vie des créateurs et des ateliers d’art dans les décennies qui viennent. Il donne à la société une autre voie autour de l’art et de la matière, faite de sincérité d’authenticité, porteuse d’avenir.
Révélations a vocation à se tenir à Paris au Grand Palais en Biennale, en alternance avec une édition internationale dans une grande capitale du monde. Nous travaillons à une édition à New York pour 2018.

Interview réalisée en collaboration avec Lucie Knappek, présidente de l’agence Evanela pour abc-luxe.com
www.evanela.com

Salon Révélations
Du 10 au 13 septembre.
Grand Palais
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.
www.revelations-grandpalais.com/fr/

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